Parcours

En 2001, lorsque je commence à développer mon travail chorégraphique à New York, je viens d’obtenir mon certificat en Analyse du Mouvement Laban dans le cadre de mes recherches universitaires Fulbright en master. Je travaille avec les Efforts (l’attitude d’un individu envers les éléments de Poids, de Temps, d’Espace, et de Flux). Je commence d’ores et déjà à m’intéresser à l’union entre la danse et le théâtre mais surtout, je m’intéresse à la communication et à l’interaction du monde interne du danseur avec le monde interne du public. De manière plus globale, je m'attache à identifier en terme de mouvements l’espace intime de l’individuPour ce faire, j’élabore des partitions chorégraphiques d’analyse du mouvement et du pré-mouvement très précises en manipulant les outils d’analyse de Laban pour disséquer en termes dynamiques l’état d’être/de corps d’un individu dans une phase de vie précise, comme l’état d’être/de corps généré par le sentiment amoureux par exemple. Dans ce cadre sont créées les pièces Lightness 25 (duo), Love 26(solo) et Shape Love Project(solo). En développant des séquences chorégraphiques précisément nées de cette analyse, je cherche ce qui peut en paraître universel. Je pousse l’expérience en manipulant ces mouvements avec des changements très subtils dans l’effort, le phrasé, la shape (la forme dynamique), et d'autres aspects de l'analyse du mouvement Laban pour imprégner l'humeur, l'expression ou l'état de corps du danseur. Ce mouvement finement façonné vient directement nourrir les émotions et les sentiments de l'interprète, cherchant une approche authentique et intime venant du corps et de sa complexe vibrance.

« Le développement de cette approche par Mme Broizat reflète une maîtrise très authentique des théories de Laban (particulièrement Effort) et un esprit très original qui a su créer une méthodologie sur la base de ces théories. » John Chanick, Movement News, New York, 2001En 2003, je déménage à Los Angeles pour travailler avec Rachel Rosenthal et demeure membre de la compagnie pendant plus de 6 ans. J’y découvre et manipule la technique DbD (Doing by Doing) créée par Rachel Rosenthal. Mêlant cette technique à ma méthode chorégraphique, je crée le solo Delusion (Conversion) en 2004. Je continue à m’intéresser aux replis de la conscience et au monde intime de l’individu, ainsi qu’à l’interaction intime entre l’interprète sur le plateau et le public. Je puise dans les énergies et les efforts de notre quotidien, comme obsédée par la recherche d’une profondeur véridique. Le mouvement ou le geste n’est jamais arbitraire, je le cherche dans les profondeurs. Le travail avec Rachel Rosenthal m’a amené dans cette étape à invoquer le surréalisme et à jouer avec la sensibilité narrative sans pour autant entrer dans la narration. J’utilise le grotesque et le ridicule pour évoquer des questions d’identité et d’absurdité, traitant de la vie aux Etats-Unis et de l'angoisse post-moderne de fin de siècle.« Sa pièce «Conversion (Delusion Solo)» aborde l'aventure de la vie dans l'Amérique post-11 septembre avec humour et ironie tragique, alors qu'elle tente de fuir le désespoir et l'étrange emprisonnement du «pays de l'opportunité». Dans le même temps, la pièce raconte son déménagement aux États-Unis depuis la France, un sentiment d'identité déraciné. Elle embrasse pleinement le sens du paradigme et de l'incohérence dans "Conversion", remplissant la scène de rire, et d'une stupéfaction sensée. Peut-être, plus important encore, le travail traite des notions contemporaines de la communauté en présentant comme un solo, une pièce dirigée vers le public de manière confessionnelle. » Lesley Moon, Artink, Los Angeles, 2004 Je créé et interprète de nombreux solos et courtes pièces de groupes durant cette période au sein de la Compagnie Rachel Rosenthal qui sont jouées lors de séries de performances signées par les interprètes de la compagnie et j’entame la recherche d’une synthèse entre Laban Movement Analysis et la technique DbD. (cf. biographie pour les détails). En 2013, de retour en France, je m’intéresse au texte. L’utilisation du langage parlé m’interpelle, et j’écris un texte par le biais de la manipulation des Efforts. Je créé Love Labo 1, lors d’une soirée expérimentale au Théâtre de Vanves, une pièce pour 10 comédiens amateurs. Entre temps, je reprends mon travail d’interprète en France, et je travaille avec Anne Rebeschini sur un duo « HH » créé et présenté au Grenier Théâtre de Toulouse, une rencontre artistique majeure. J’intègre également la compagnie Melk Prod dirigée par Marco Berrettini pour les créations iFeel3  et My Soul is my Visa. L'oeuvre de Marco Berrettini a boulversé ma vision artistique et ma vie depuis toujours, autant que celle de Pina Bausch.

Rachel Rosenthal meurt en 2015, et j’hérite de sa technique, la technique DbD, quelques mois avant son décès. Au même moment, m’est proposée une résidence à la Fondation des Etats-Unis, à la Cité internationale universitaire de Paris. C’est à la Fondation des Etats-Unis que sont organisés les premiers DbD Workshopset DbD Performancesqui deviennent rapidement un succès. Très vite, le bouche à oreille fait son effet, et des danseurs viennent de Paris, de province et d’Europe pour y participer. Les DbDs sont désormais complets plusieurs mois à l’avance. En avril 2017, le Centre National de la Danse accueille le DbD dans le cadre de la formation continue des danseurs. Je dirige également des DbDs dans le cadre éducatif, au Lycée Marc Bloch à Strasbourg en 2016, au Collège François Truffaud à Gonesse en 2016 dans un quartier dit « difficile ». Une classe du Lycée Marc Bloch est venue à Paris pour un DbD et une Performance DbD en avril 2018. Je dirige une série de DbDs dans le cadre des ateliers Booster organisés par le Cerfal (réseau d’apprentissage en Ile de France) et le Conseil Régional d’Ile de France pour des jeunes en grande difficulté scolaire. En décembre 2016, je dirige en Inde un DbD avec l’organisme Blossomy pour des femmes rescapées du trafic humain dont le projet sera reconduit pour mars 2019 avec une commande chorégraphique. La multiplication des DbD Workshops et des Performances DbD me permet d’affiner le matériau dans la direction, de le développer, et de le rendre mien. Je continue à y intégrer mes recherches sur les Efforts de Laban et en développe l’aspect chorégraphique. En juin 2017, je créé une pièce pour 3 danseuses à la Fondation des Etats-Unis qui traite de nos états de corps face au phénomène de surinformation. En avril 2018, je présente pour le Centre National Chorégraphique de Caen une conférence-dansée sur les implications de Rachel Rosenthal auprès de Robert Rauschenberg, dans le cadre des conférences « XXe siècle etc., conférences d’histoire de l’art à l'ENSAM. En avril 2018, une PerformanceDbD à la Fondation des Etats-Unis avec un groupe de 10 danseurs et comédiens professionnels démontre que le matériau a atteint sa maturité. Je lance le projet InstantT2020 en parallèle au développement des DbD Workshops et des Performances DbD.

 

Photo Anaël Miantsoukina.